Toute hypnose est autohypnose, suite

Toute hypnose est autohypnose, suite

Si vous n’avez pas lu la première partie de l’article, cliquez ici.

À cause du music-hall, on a tendance à croire que les bons « sujets » d’hypnose sont les faibles d’esprit, particulièrement suggestibles, ceux avec qui le « DORMEZ je le veux !!! » marche.

J’ai au contraire l’impression que ce sont les personnes qui ont suffisamment confiance en elles pour laisser quelque chose d’un peu surprenant se passer à l’intérieur d’eux (les mains ont envie de flotter toutes seules), tout en sachant qu’au fond c’est eux qui ont le contrôle (vous pouvez choisir de ne plus vous concentrer sur ces mains par exemple). Et ce sont des personnes créatives, pour pouvoir transformer les propositions en expériences intéressantes. Au fond, créer de la légèreté dans les mains est du même ordre que ressentir l’intrigue dans un roman policier.

Pour vous donner une idée de la liberté qui est la vôtre dans ce processus, c’est-à-dire que c’est vous qui créez votre état d’hypnose et ce que vous y vivez, voici une histoire vécue en cabinet. Après avoir aidé une jeune femme à entrer dans cet état de connexion à soi-même un peu particulier (cf les articles « Quelques techniques simples pour faire de l’autohypnose »), je lui propose de se balader dans un endroit agréable. Elle me dira plus tard s’être trouvée dans une forêt, avec une tour au loin, au sommet de laquelle elle devait se rendre. N’étant pas au courant de tout cela, j’essaie de la guider plus en profondeur, donc de la faire descendre. Petit moment de flottement (envie de continuer à me suivre, mais impossibilité d’aller contre son ressenti) avant que son inconscient ne trouve une solution qui respecte à la fois son besoin personnel et son envie de poursuivre l’expérience (malgré mon « erreur ») : il inverse les concepts de haut et de bas, de sorte à ce qu’à chaque fois que je lui propose de descendre, elle comprend « monter ».

En somme, si une personne accepte de voir un éléphant, être une poule, faire la planche, etc., c’est parce qu’elle active ces ressources, que son inconscient, créatif et joueur, est OK pour utiliser ses capacités et lui faire vivre une expérience enrichissante. Des capacités toujours présentes, de manière latente.
Par exemple, vous êtes déjà capable par vous-même de vivre une hallucination négative (oublier le contact des lunettes sur son nez, ou ne pas voir son nez, d’ailleurs – ou ses clefs, ou sa fourchette…). Un hypnotiseur use de techniques de communication pour vous faire créer ce genre d’expérience (cf article « L’autohypnose pour accéder à ses capacités »). Idem pour toute la palette des phénomènes hypnotiques : hallucination positive (voir quelque chose qui n’est pas là, comme quand on croit reconnaître quelqu’un dans la rue), amnésie (on a tous déjà eu sur le bout de la langue une info qu’on est sûr pourtant de connaître, pourquoi pas le chiffre 2 ou son prénom), distorsion du temps (qui se dilate quand on est bloqué dans les embouteillages alors qu’on est pressé, et inversement, quand on vit un moment passionnant), changement de sensations en fonction de ce à quoi on pense…

Comme l’expérience est surprenante, inattendue, improbable, pas ou peu expliquée, les gens ont l’impression que l’hypnotiseur a le contrôle. Mais que se passerait-il si ce dernier faisait une suggestion allant contre les valeurs des gens qui se sont prêtés au jeu ? Comme se déshabiller devant tout le monde (à moins que la personne soit exhibitionniste) ? Le plus probable est que la personne sortirait de l’état d’hypnose (comme cela arrive parfois en spectacle, un sujet étant sorti de l’état de suggestibilité nécessaire pour le show, pour une raison ou pour une autre). Elle pourrait aussi rompre le lien avec l’hypnotiseur, et ne plus répondre à ses suggestions. Ou interpréter différemment, librement, les suggestions (comme l’histoire de la tour).

L’hypnose permet d’éclairer les mécanismes de notre suggestibilité. Notre suggestibilité, donc notre autohypnose. Dans cette couche de conscience qu’elle rajoute, elle nous ramène à nous-même et nous permet de mieux nous connaître et donc de mieux fonctionner (cf l’article « Apprenez à parler à votre inconscient »).

 

Par Adrien Moulard
en savoir plus sur l’auteur