L’autohypnose version « Milton Erickson »

L’autohypnose version « Milton Erickson »

Milton H. Erickson (1901 – 1980) est le grand maître incontesté de l’hypnose qu’il a largement réformée, passant de directive – « Dormez je le veux ! » – à utilisationnelle – « Je ne suis là que pour vous rappeler que vous faites déjà de l’autohypnose »*. Au point que la plupart des hypnothérapeutes pratiquent aujourd’hui une hypnose dite « ericksonienne » et qu’il serait difficile de citer une forme de psychothérapie qui aujourd’hui ne s’inspire pas, de près ou de loin, de son travail.
Cet article a pour vocation de vous donner un aperçu de l’expertise en autohypnose que sa vie épineuse l’a poussé à développer.
Sa méthode d’autohypnose sera présentée plus précisément dans un second article.

L’autohypnose pour Milton : une question de vie ou de mort !

Sur le papier, Erickson n’était pas bien loti par la vie : il souffrait d’une forme inhabituelle de daltonisme, d’arythmie, de surdité musicale (ne comprenant pas pourquoi les autres élèves appréciaient pousser des cris et hurlements, pratique appelée « le chant ») et de dyslexie, le tout dans un milieu rural bien avant qu’on ne sache diagnostiquer de tels problèmes.

Différent, incompris… Sa prise de conscience des différences entre êtres humains – de modes de fonctionnement, de limitations dans leur manière de voir le monde… – fut tout aussi précoce que radicale ! Et une force immense au service de son travail thérapeutique !

1ère découverte : l’autohypnose comme processus d’apprentissage

Dyslexique, le jeune Milton n’arrivait pas à faire la différence entre « 3 » et « m ». Jusqu’au jour où il fut « victime » d’une hallucination visuelle : un intense éclair de lumière fit tout disparaître autour de lui, et au centre de cet éclair la différence entre les deux signes lui apparut clairement.
Ce fut une preuve indélébile pour lui que l’altération des perceptions, et des états altérés de conscience peuvent, visiblement, aider à l’apprentissage. Peut-être en sont-ils même l’essence. Cette vision de la transe hypnotique comme véhicule pédagogique transpire à travers toute son œuvre.

2ème découverte vitale : l’autohypnose pour reprendre du contrôle sur ses processus sensori-perceptuels

Il utilisa ensuite l’autohypnose pour… Survivre, se rééduquer et gérer des douleurs chroniques pour le reste de sa vie !

A 17 ans, alité par la polio, il refusa le diagnostic médical indiquant qu’il ne passerait pas la nuit. Décidé à ne pas subir une telle prophétie, il demanda à être déplacé de manière à pouvoir voir le soleil se lever ; il tomba tout de même dans le coma au petit matin. Il survécu, mais paralysé.
Les obstacles nous poussent parfois à nous dépasser, ce fut le cas pour lui : il trouva un moyen de réveiller et rééduquer ses muscles atteints par la maladie en entrant en transe, et en revivant des moments de son enfance où il s’amusait à sauter de branche en branche. En termes techniques : en utilisant des souvenirs sensoriels intenses de mouvements. De tels souvenirs activaient des processus idéo-moteurs et idéo-sensoriels (des mouvements et des sensations), servant de base à un réapprentissage de fonctions dont la maladie l’avait privées. Au point de plus tard faire une traversée des Etats-Unis en kayak en solitaire…

Capable à nouveau de bouger (pour un temps, une seconde attaque de polio à 51 ans le cloua définitivement dans un fauteuil roulant), il dut cependant, durant une bonne partie de sa vie, trouver des manières créatives de dépasser la douleur qui l’accablait quotidiennement.
S’étant rendu compte que la marche, la fatigue et la relaxation atténuaient la douleur, il découvrit aussi que juste penser à une longue marche, à la fatigue et à la relaxation avait le même effet. Autrement dit : qu’on peut modifier ses ressentis physiques par la pensée. En termes techniques : que la relaxation et la fixation de l’attention sur des réalités internes pouvaient remplacer des aspects de « l’orientation généralisée à la réalité » inadaptés ou douloureux.

3ème découverte : un vaste réservoir de ressources inconscientes

Après d’aussi intenses et précoces expériences, nul doute qu’il refusa de voir l’hypnose de manière directive et dogmatique quand il la découvrit à l’université. Ce qui le poussa au contraire à mener le travail de recherche clinique le plus nourri qui soit dans cette discipline, particulièrement difficile à mesurer scientifiquement.

Peu après sa découverte que ce qu’il faisait de manière intuitive et autodidacte depuis des années avait en fait un nom : « l’autohypnose », il réalisa un exploit qui laisse percevoir la maîtrise qu’il avait de lui-même. Alors jeune étudiant en médecine, il voulait en outre rédiger des éditoriaux pour un journal local. N’ayant pas le temps dans ses journées, il se programmait pour se réveiller la nuit et les écrire en somnambule, s’amusant après la parution à essayer de retrouver la prose qu’il avait produite puis oubliée.
Et vous, que feriez-vous si vous pouviez travailler inconsciemment la nuit ?

Il avait parfaitement compris que, en rénovant le lien avec l’inconscient, l’autohypnose est était un merveilleux moyen d’étendre, d’élargir l’éventail des possibilités humaines, en accédant mieux à nos ressources inconscientes. Il se servait donc de l’autohypnose  lorsqu’il était en difficulté avec des patients par exemple, ou qu’il se sentait submergé par une tâche. « Si j’ai quelque doute que ce soit quant à ma capacité à voir des choses importantes, je rentre en transe ».

Les difficultés de sa vie et sa manière de les dépasser (son inconscient venant à sa rescousse) avait fait grandir en lui une immense confiance dans son inconscient. Et donc il jouissait d’une relation de qualité avec cette partie, c’est le moins que l’on puisse dire, ce qui lui permit des exploits presqu’inimaginables pour le commun des mortels.
Et s’il a fait tout cela, tel un Roger Bannister** de l’esprit… Qu’êtes-vous capable de faire vous ?

 

* Ses précurseurs en la matière (Liébeault, Bernheim et Janet entre autres) me pardonneront mon raccourci, je l’espère

** Avant lui, on croyait physiquement impossible de courir 1 mile (1609,34m) en moins de 4 minutes. Depuis qu’il a prouvé l’inverse (le 6 mai 1954), ce sont aujourd’hui des milliers de personne qui, sur ses traces, ont réussi à rendre l’impossible possible (le record du monde est actuellement à 3’43’’).

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