Comment adoucir un traumatisme avec l’autohypnose ?

Comment adoucir un traumatisme avec l’autohypnose ?

Les événements récents en France nous ont tous touché, à un niveau ou à un autre. Quelques pistes pour digérer l’atrocité…

Avant toute chose, je tiens à rappeler que, si l’autohypnose peut aider en ces périodes troubles, si vous pouvez évidemment vous apporter du soutien à vous-même, gardons en tête qu’il est tout à fait légitime de trouver cette aide à l’extérieur aussi* (un des aspects positifs de la situation que nous avons vécue est, selon moi, comment elle nous a poussé à nous rapprocher les uns les autres, à chercher le contact, la chaleur humaine…). Vous pouvez même combiner les deux…

Une fois ceci dit, explorons les mécanismes du choc et comment il est possible de le surmonter, de le dépasser au mieux…

Rappelons dans un premier temps que le deuil (qu’il s’agisse de personnes proches, d’une situation ou d’un sentiment de sécurité, d’une vision de la vie, de soi-même…) est un processus qui prend du temps (les professionnels sont en général d’accord sur 5 étapes du deuil). Après avoir été exposé à une situation choquante, il est normal de se sentir mal, d’avoir des reviviscences (souvenirs, cauchemars, flashbacks..), de chercher à éviter les pensées et éléments (personnes, lieux…) qui rappellent les faits, d’avoir des altérations cognitives et émotionnelles (amnésie, tendance à juger, croyances irréalistes, émotions négatives persistantes, sentiment de détachement, baisse d’intérêt pour les activités du quotidien, restriction des émotions positives…), et que le système nerveux soit suractivé (irritabilité, comportements destructeurs, hypervigilance, difficultés de concentration, troubles du sommeil…). C’est normal !
Il n’y a syndrome de stress post-traumatique (et donc une situation à prendre en main) que lorsque ces symptômes (qui sont une forme de dissociation spontanée) durent dans le temps (au-delà d’un mois, disent les experts en général).
L’hypnose utilisant de manière maîtrisée (thérapeutique) la dissociation, elle peut par conséquent se révéler efficace pour recoller avec la réalité dans les meilleures conditions. Autohypnose guidée par un tiers (recommandée si vous ne vous sentez pas armé pour le faire entièrement par vous-même) ou par vous-même…

Alors que faire ? Voici quelques pistes :

  • Dans le cas de souvenirs / pensées intrusives, se rappeler qu’on a le contrôle. Vous vous faites des films (horribles) ? Reprenez en main la télécommande. Appuyez sur « rembobiner » et observez ce qui se passe. Rembobinez les films plusieurs fois jusqu’à ce que le cerveau ait compris que vous souhaitez laisser de la place à autre chose.
    Vous pouvez aussi mettre le film à distance, en noir et blanc, en réduire la taille, l’arrêter, en faire une vieille photographie, que vous pouvez positionner plutôt en bas, par exemple ! Répétez plusieurs fois la manip’ (en pensant à autre chose entre chaque répétition) pour entraîner votre cerveau et changer votre neurologie.
    Petite digression : couper les films à l’intérieur est d’autant plus facile que vous coupez ceux dont on nous assène à l’extérieur (la TV, les réseaux sociaux…). N’hésitez pas à choisir des temps dédiés (limités) à la prise d’information, et préférez les supports écrits (journaux) ou audio (radio) qui reconnectent plus avec les fonctionnements langagiers, qui aident à dépasser le traumatisme (cf ci-dessous).
  • En cas de stress, notre amygdale cérébrale (qui est une sorte de système d’alarme du corps) s’active libérant noradrénaline (fait battre notre cœur et nous fait respirer plus vite notamment) et cortisol (augmente le taux de glucose dans le sang) pour nous préparer à l’action. Les aires visuelles du cerveau sont alors suractivées, et celles du langage sont inhibées. Un fonctionnement très efficace face au danger, mais qui a le défaut de nous priver de nos capacités cognitives. Difficile de penser, de raisonner, de « dire les choses » quand on est en état de stress.
    Une fois la situation de stress terminée, le cerveau va pouvoir classer ces événements dans la mémoire « normale », ce qui passe notamment par « raconter l’histoire ». C’est cette narration qui va en faire un souvenir, et permettre au livre d’être rangé dans la bibliothèque. On pourra le sortir et le lire quand on veut, mais il ne nous tombera plus dessus à l’improviste.
    Pour l’aider dans ce processus, les professionnels de la santé psychologique recommandent dans un premier temps de se détendre, ce qui permet de reconnecter le cerveau émotionnel avec celui qui réfléchit. Voici plusieurs pistes en autohypnose pour se relaxer :

  • Vous pouvez aussi dialoguer avec votre inconscient, connecter avec la partie qui génère les pensées / émotions / sensations désagréables, qui fait tomber le livre de son étagère pour vous le faire lire, et la remercier pour son intention, tout en l’invitant à trouver des manières de faire qui soient plus efficaces pour elle comme pour vous !
  • Quand le temps sera venu, vous pourrez aider votre inconscient à faire le deuil, si besoin.
    La technique couramment utilisée consiste à visualiser l’objet du deuil, la personne s’il s’agit d’une personne, en faire une image, et la ressentir comme encore reliée à soi. Ce qui est encore le cas.
    Vous prenez ensuite un moment pour laisser passer par ce lien et rentrer en vous tout ce que vous souhaitez garder, tout le positif, tous les apprentissages de cette relation. Prenez votre temps pour ressentir comment cela vous fait vous sentir de récupérer tout cela.
    Une fois ceci fait, vous pourrez alors laisser sortir de vous, par ce lien, tout ce qui n’est plus à vous, tout ce dont vous n’avez plus besoin, et le laisser partir. Rendre à l’autre ce qui est à lui.
    C’est de faire ce bilan qui vous rendra alors certainement plus facile de finir par couper le lien, car vous avez gardé en vous ce que vous souhaitiez garder. Et laissé le reste. Quand le temps sera venu.

J’ai un jour été marqué par un de mes formateurs qui m’a dit la chose suivante : « C’est sûrement des zones les plus sombres que peut jaillir la lumière la plus belle ». Je crois que c’est vrai à l’échelle individuelle, pour et en chacun de nous.
Et j’espère que c’est également le cas au niveau de la société, de l’humanité.
Cela, seul l’avenir le dira.
En attendant, que cela nous apporte force et énergie pour y contribuer.

* En cas de besoin, voici la liste des cellules d’urgence médico-psychologiques dont c’est le rôle. Et, parmi les nombreuses initiatives, sachez que les Hypnos du cœur se sont mobilisés.

 

Par Adrien Moulard
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