Apprenez à parler avec votre inconscient

Apprenez à parler avec votre inconscient

Pourquoi nous arrive-t-il d’être ambivalent ?

Être convaincu le soir que demain, je me remets au sport, pour se retrouver incapable de se motiver et sortir de la couette quand le réveil sonne. Se dire que la clope c’est fini, et en avoir une envie irrépressible quelques heures (parfois minutes) après. Tenir un régime un moment puis craquer et faire le yoyo…
La liste de ces incongruences pourrait s’étirer longuement.

Ce phénomène (la dissonance cognitive) est à la base des problèmes que nous n’arrivons pas à résoudre. Tiraillé entre deux envies contradictoires, parfois en même temps, parfois pas, nous nous retrouvons les fesses entre deux chaises, position inconfortable s’il en est. Et rarement efficace.
L’hypnose et l’autohypnose proposent un traitement assez original de ces situations qui explique, en partie je crois, l’efficacité de ces techniques pour changer.

Pour faire simple, quand on a un problème insoluble, le conscient veut quelque chose, et l’inconscient veut autre chose. Et tant qu’on lutte, on est sûr de perdre.
Déjà parce qu’on lutte contre soi-même, donc ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre ; c’est un jeu à somme nulle.
Et à un autre niveau parce qu’on ne se bat pas à armes égales. Notre conscience armée de notre volonté (limitée) vs notre inconscient équipé des pulsions, des émotions, des besoins, des envies…

Alors comment arriver à les faire travailler les deux main dans la main, en équipe, le regard et l’énergie orientés dans la même direction ?
Pour proposer une réponse à cette question, il faut se mettre d’accord sur une définition de base de l’inconscient. Cette définition ne se veut pas exhaustive ni définitive, mais pratique.
Ainsi, nous ne sommes pas chez Freud pour qui l’inconscient est le lieu du refoulé, là où on cache tout ce qu’on ne veut pas voir de soi.
Non, en hypnose, avec Erickson, l’inconscient est une partie de nous extrêmement positive. Elle a deux missions :

  • nous protéger: vous traversez la rue quand vous apercevez du coin de l’œil un camion qui vous fonce dessus. Vous aurez sauté sur le trottoir avant d’avoir analysé la vitesse et la trajectoire du véhicule se rapprochant dangereusement. Votre inconscient vient de vous sauver la vie !
  • et nous aider à être satisfaits, atteindre nos objectifs: quand vous voulez quelque chose, une infinité de mécanismes inconscients s’activent à l’intérieur pour aller dans ce sens, depuis certains fonctionnements physiques jusqu’à votre activité mentale – pensez à comment vous avez appris à marcher par exemple.

Quand on voit tout ce que fait l’inconscient comme une tentative de nous protéger / aider à atteindre nos objectifs, il n’y a plus de problème. Il n’y a que des solutions pas totalement adaptées.
Il n’y a pas une partie de nous flemmarde, il y a une partie de nous qui aime bien le plaisir immédiat.
Il n’y a pas une partie de nous qui souhaite nous tuer à petit feu avec de la fumée, mais une partie qui a appris à nous détendre / à faire notre bulle / à prendre une pause / etc. de cette manière-là.
Il n’y a pas une partie qui veut nous faire grossir, mais une partie qui a appris que la nourriture pouvait permettre de digérer une émotion / de s’occuper / de se remplir / etc.

La réaction classique, intuitive, c’est de lutter contre le problème, d’essayer de s’en débarrasser. Ce faisant, on jette le bébé avec l’eau du bain. La partie qui a créé et maintenu ce qui pour elle est une solution se voit rejetée, et craint que son besoin profond, positif, ne soit plus écouté, pris en compte. Sous pression, cela la fait réagir encore fortement, et elle n’a souvent d’autre solution que de créer encore plus de l’ancienne solution.
Pour prendre une image, vous avez un enfant qui a besoin de quelque chose. Il est accroché à votre pantalon et il pleure, il crie, il bave. C’est tout ce qu’il sait faire. Toute cette perturbation vous énerve alors vous commencez à le gronder, peut-être même à lui crier dessus ou à le menacer. Cela fait peur à l’enfant qui n’a d’autre solution que de pleurer et crier encore plus fort. Et ainsi de suite.

La posture de l’hypnose et de l’autohypnose c’est d’accueillir cette partie, reconnaître son intention positive et l’en remercier. Calmer l’enfant et lui dire qu’on comprend qu’il a besoin important, mais quand il pleure comme ça, on ne peut vraiment pas l’aider à obtenir ce que il veut efficacement.
Lorsqu’on cesse de la rejeter, de la mettre sous pression, toute cette énergie peut être orientée vers de nouvelles solutions plus facilement, car sans pression on est plus libre, intelligent, créatif. On a mieux accès à certaines ressources utiles au changement (cf l’article « Gérer son stress avec l’autohypnose »).
Puis lui proposer de trouver de nouvelles solutions, qui soient au moins aussi efficaces que l’ancienne. « C’est important de se détendre, mais t’as vu tous les problèmes que fumer occasionne ?! Comment on pourrait faire ça différemment… ? »

Et souvent elle n’attendait que ça !

Concrètement, en autohypnose (cf les articles « Techniques simple pour faire de l’autohypnose »), on pourrait aborder ce sujet avec

  • De la visualisation: imaginez et représentez-vous la partie de vous qui a besoin d’évoluer, observez ce qui se passe quand vous la rassurez, que vous l’accueillez, puis que vous l’invitez à se réinventer (éventuellement avec l’aide d’autres parties de vous, comme la créativité, le courage, etc.), dans le respect de ses besoins et des vôtres.
  • Des ressentis: on pourrait par exemple inviter la partie en charge de l’ancienne solution à créer des sensations dans une main (de la légèreté), signe qu’elle a compris que vous souhaitez qu’elle fasse ce travail de créativité pour trouver de nouvelles manières de faire, plus satisfaisantes.
  • Un dialogue: parler à cette partie-là, lui demander l’intention positive derrière ses réactions, et voir ce qu’elle pense de faire une recherche de nouvelles stratégies

Bien-sûr, on pourrait amplifier tous les changements qu’une telle démarche occasionne en faisant le deuil des anciennes manières de faire (sans animosité, au contraire, récupérer le positif et lâcher ce dont on ne veut plus) et en futurisant, en se projetant dans la réalité une fois que les nouvelles solutions auront été mises en place.

 

Par Adrien Moulard
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